Quelques approches de ce qu'est la cité universelle. Rencontres et impressions
Une fois de plus, la cité universelle s’amenuisait à mon simple contact. Je n’y tenais même plus la place de figurant, exclu de ma propre tyrannie. Mon histoire devait se terminer comme cela, depuis longtemps. Il ne me manquait plus que cette dernière...
J’étais assis dans ce caboulot, à la recherche d’une réminiscence de ce que devait être le passage du temps. L’endroit était inhabituel, tous les autres estaminets de ma connaissance étaient curieusement fermés ce jour là. Le chaland unique que j’étais...
Je suis assis à mon bureau. Je tiens la position, impeccable sur mon siège, légèrement surélevé pour tenir la distance avec l’immense pan en préfabriqué que mon supérieur m’a octroyé en échange d’un bon mot lors de notre dernière réunion hebdomadaire....
Il est 06:00 du matin et je viens d'arriver sur mon lieu de travail. Il m'est impossible de citer le noms des rues que j'ai traversé pour y arriver mais je les connais, elles me sont intimes. Elles sont forcément dépendantes de mon quotidien, mon quotidien...
Ce n'était pas une bonne idée. Rester immobile, être en mouvement pourtant. Une impression de mouvement extérieure à soi. Le corps ne suit pas ces allées improbables, ce corps ne veut pas les suivre. C'est ce que j'ai entendu, c'est ce que l'on m'a dit....
J’ai beau fermer les yeux, écraser mes paupières, masquer mon visage d’une main moite, rien n’y fait. Vautré dans un canapé jadis blanc, jauni par la nicotine et mes excès alimentaires, je tente de rester immobile sous peine de vomir au moindre de mes...
Ceux-là semblaient me reconnaître. Un sourire en coin, complice, une sympathie non feinte. Les rues se succédaient et je frappais bruyamment le sol à chacun de mes pas, annonçant mon passage et ma condition. Je ne connaissais personne dans ce quartier...
Chaque jour se doit d'explorer une partie de la cité universelle. La mort sera présente, bien entendu. Un concept particulièrement bien accepté dans ses lieux. Reste à savoir si elle ne joue pas un rôle à son tour, quid de sa crédibilité devant une assemblée...
A une station de ma destination, à quelques mètres de moi, comme toujours. J’étais particulièrement attentif ces derniers temps. Mon immobilité n’y étais pas étrangère. L’observation de la vie qui passait à côté de moi ne pouvait se faire qu’en payant...
Il était aussi suintant que les murs du bar qu’il longeait pour rejoindre les toilettes. Protégé d’un bermuda à fleur et d’une veste en cuir hors d’âge, l’homme (car c’en était toujours un) esquivait difficilement les nombreuses tables qui l’empêchaient...
Les amants tragiques. Ils ne l'étaient pas encore, ils ne le deviendront peut être jamais. Assis en face de moi, ils discutaientet je ne pouvais les entendre. Ils n'étaient pas particulièrement beaux l'un sans l'autre. Ils étaient particulièrement beaux...
Je le croisais souvent, aux alentours de tel ou tel zinc. Nous marquions presque toujours l’arrêt, après un indispensable temps d’étonnement. Cet instant de surprise me dispensait fort heureusement de le saluer en l’appelant par son prénom, ce dernier...
Je ne suis personne. Une inconsistance, un renoncement, une incohérence. Les bruits tout autour de moi me terrorisent, il n’y a pas de moment de répit. Chaque jour est plus lourd à porter que le précédent. Les mots peuvent devenir terribles quand on tente...
Il n’était que quinze heures. L’horloge murale de ce loup avait toujours avancé de quelques minutes. Les solitudes de la semaine laissaient leurs places à celles du samedi soir. Une lutte contre l’absence se déroulait devant moi, à coup de bocks de bière...
Se forcer à rire. Faire semblant. Etre bruyant pour montrer que l’on existe. Regarder dans le vide pour avoir l’air absent. Contrer les probabilités, feindre de défier le sort en soutenant qu’il y peut quelque chose. Se résigner à accepter l’inacceptable....
Vêtu de noir, solitaire, éloigné de ce qui se passait devant lui. Une station, un répit pour quelques minutes, le temps d’une bière, deux cigarettes au moins. Je l’avais souvent vu à la même place. Son service devait reprendre sous peu. Ses bras étaient...
Je m’étais assis sur un banc, afin de ménager cette monture sur laquelle je m’appuyais une fois de plus. Il n’y avait pas de tristesse ou de peine, juste cette étrange impression d’être en manque d’humanité (moi aussi Cécile, ce soir là). Ce qui me concernait...
A perte de vue, de tristes errants ayant définitivement renoncé à trouver une sortie acceptable. Des allées interminables, des prolongements attendus et surprenants pourtant ; dans leurs yeux cette lueur d’espoir vacillante à chaque croisement ; le linéaire...
La pose était la même. Je n’avais plus besoin d’imaginer cette cité universelle, elle se créait tout autour de moi, à chaque respiration. L’improbable ; ce dernier m’avait adressé la parole sans me la demander ; se révélait décevant au fur et à mesure...
Etre dans un restaurant de centre commercial un vendredi soir. Ils devaient avoir prévu ce repas de longue date après avoir sélectionné avec soin ce tout nouveau rentoilant. Mon souvenir s’arrête à un nom fleurant bon les mets délicats, céleri et rémoulade....
Il était seul au comptoir, ils étaient assis l’un à côté de l’autre. Sa voix ne se fit entendre qu’au moment de recommander une autre bière, une de celles que l’on boit lentement pour espérer un peu plus, un peu plus longtemps. Les futurs amants tragiques...
Le moindre de mes pas offre une nouvelle approche, une nouvelles perspective. Cette dernière peut être, doit être au moins de perception, si ce n'est de mouvement. A défaut d'être de promesse, elle laissera au moins le choix de se décider avant de passer...
Au même endroit, à la même place. Il était assis à côté de moi, rieur, camarade d’urinoir (le seul endroit où les liens véritables peuvent se créer), amoureux à en hurler. La narration peut être cruelle et elle s’abattait sur lui pour quelques mots. Je...
L’obligé de la couleur de ses lèvres, le narrateur, Elle. Le récit peut se surprendre et se perdre l’espace de quelques lignes, il ne peut y avoir de tyrannie sans tentative de révolte, l’essentiel étant d’accepter cette dernière en masquant ses faiblesses....
Une soirée comme les autres. Un bar comme les autres. Elle eut la politesse de me saluer avant de s’assoir, elle eut le courage d’affronter le poids des regards qui se sont portés sur elle jusqu’à ce qu’elle parte. Au delà de l’incommensurable lâcheté...